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La valise de Sarah

Au cas où

3 Avril 2015 , Rédigé par Sarah Publié dans #Les jolies plumes

Ça ma surprise au début, je dois dire que je ne m'y attendais pas. Toi qui n'es jamais revenu sur tes mots, sur tes actes, sur ta façon d'être, toi qui ne t'es jamais remis en question dans notre relation et qui m'a acculée de tous les maux, de tous les torts et de tous les défauts. Tu es revenu sur notre histoire, tu voulais me revoir. Comme ça, juste pour prendre des nouvelles. 
 
Tu m'as donné rendez vous dans ce café. 
 
Celui ou tu m'as emmenée lors de notre premier rendez-vous. Ce café tu me l'avais proposé au hasard, l'air de rien, comme si tu n'y avais pas déjà songé depuis des semaines. Comme si tu ne t'étais pas imaginé cent fois ce moment, nos conversations, nos éclats de rire, nos regards qui en disent long, nos verres qui se vident et se remplissent sans même jamais songer à regarder l'heure ou se demander si l'on a faim. 
Toi qui es si méticuleux, qui mesure, mâche, pense et sélectionne tous tes mots, tous tes gestes, soigneusement, consciencieusement.
Je me suis aussi imaginé cent fois ce moment que j attendais depuis des semaines, sans jamais oser te le proposer.
Moi qui suis si fière, moi qui m'obstine à paraître telle que je le voudrais, forte, épanouie, intouchable, et qui suis pourtant tout l'inverse.
 
Tu étais déjà la quand je suis arrivée, à deux tables de celle à laquelle nous riions il y a 2 ans. Tu t'es levé et m'a fait la bise.
J ai pris soin d'être souriante, détachée, de me montrer heureuse dans ma nouvelle vie sans toi. Celle de laquelle je me relève doucement depuis maintenant 3 mois. 

J'ai commandé un verre de vin, tu as demandé la même chose. On a parlé futilités, qu'est ce que tu deviens, comment va ta sœur, et le boulot tu en es où? On a chacun retrouvé l'espace d'un instant, l'espace d'un regard, ce pour quoi nous ne nous sommes plus quittés. Ton charisme et ton charme, mon humour et ma simplicité. 
Une référence au passé, puis deux, puis trois. Je rentre dans ton jeu, je me laisse aller, je me laisse manipuler, comme avant. 
 
Et soudain, cette boule dans la gorge, les souvenirs qui reviennent, mes mâchoires qui se serrent, tes mots qui raisonnent, mon cœur qui bat, du moins ce que tu en as laissé. 
"Je ne suis pas ce genre d'ex." 
Tu me regardes, interloqué, mais toujours l'air de rien. 
"Je ne suis pas ce genre d'ex, je ne suis pas elles, celles que tu peux revoir quand ça te chante, pour ne pas te faire oublier, pour te rappeler à leur bon souvenir, quand l'image qu'elles avaient de toi était encore intacte, comme si le mal que tu leur a fait, que tu m'as fait, était devenu insignifiant, lointain, au point de te laisser croire que je l'ai oublié. 
Je n'ai rien oublié, c'est ce qui me convainc jour après jour que l'on a pris la bonne décision, que je n'ai rien à regretter, qu'une bien meilleure personne m'attend quelque part. Elle saura me combler, m'aimer et me le montrer chaque jour, autant qu'elle le peut, comme je le ferai pour elle, sans être frustrée de ne jamais rien recevoir en retour, sans avoir à implorer un regard, un geste tendre, une infime attention. Je me suis tue trop longtemps, j'ai encaissé, entassé et macéré, sans rien dire, tous ces reproches et ces piques sournois, que tu me lançais, l'air de rien, et qui me touchaient en plein cœur. J ai supporté trop longtemps ton indifférence et ta froideur. Tu m'as mise à terre, et tu m'y a laissée, cela ne te donnait que plus de hauteur.
"Je m'arrête mais je ne veux pas lui laisser le temps de répliquer comme je l'ai toujours fait, je ne veux pas lui laisser le temps de retourner la situation contre moi. 
"Bien sur, tu auras oublié ces mots dans 10 minutes, une heure, un jour, tu retourneras a tes certitudes, à ton auto-satisfaction, comme d'habitude. Mais moi je ne les oublierai jamais, car enfin, enfin j'aurais pu te les dire, sans intimidation, sans doutes, sans trémolos dans la voix. 
Enfin j aurai eu l'occasion de vider mon sac, de soulager mon cœur.
Je ne regrette rien, si ce n'est de ne pas être partie de moi-même, bien plus tôt, bien avant que cela n'empire, bien avant que l'on ne puisse plus se parler sans que tu ne cries, sans que je ne pleure. 
Tu ne me méritais pas."
 
Je me suis levée, je t'ai regardé droit dans les yeux, des yeux qui se disaient adieu. J'ai pris mes affaires, et puis je suis partie. 
 
Ce moment-là, je le repasse en boucle dans ma tête, je le peaufine, je le soigne, j'en étudie chaque mot, chaque geste, chaque regard, chaque intonation. 
 
Au cas où, un jour, il s'offre à moi. 
Au cas où, un jour, l'air de rien, tu penses à moi.
Au cas où, un jour, tu regrettes tout ce que tu as été, tout ce que l'on aurait pu être, et tout ce que l'on ne sera pas.

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Et voici ma première contribution à "l'Atelier des jolies plumes", un atelier d'écriture proposé par deux super blogueuses, Célie & Fabienne :

http://missblemish.fr
http://jaiecrit.wordpress.com

Si vous aussi vous souhaitez y participer, contactez-les à l’adresse suivante : latelierdesjoliesplumes@gmail.com. Elles vous expliqueront tout avec plaisir et simplicité.

Je vous souhaite un bon week-end de Pâques.

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